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WALTER SWENNEN

LA COULEUR EST UN MOT INCROYABLE

20.04 - 26.05.2012
aliceday, Bruxelles

Par Edouard Montassut

La couleur est un mot incroyable

Quelque chose d’obscur contingente et structure la pratique de l’artiste Walter Swennen (né en 1946 à Bruxelles). Une façon de faire radicale et singulière, une recette dont lui seul détient le secret, et qui consiste en un jeu sournois par lequel l’artiste s’attaque systématiquement aux conventions picturales encore en vigueur. Peintre depuis 1981 —  date à laquelle il décide d’abandonner la poésie qu’il juge trop nostalgique pour se consacrer exclusivement à la peinture — Walter Swennen est aujourd’hui considéré comme l’une des figures tutélaires de l’art belge —  au panthéon duquel trônent également Marcel Broothaers, Jacques Lizène, ou Luc Tuymans — quoique plutôt modeste.

 

En treize années, Walter Swennen n’a pas vraiment changé de style. Il n’est pas surprenant de voir que les peintures présentées à la galerie Alice Day et réalisées au cours de ces deux dernières années, combinent comme à l’habitude des mots et des images dont le sens a été volontairement détourné, arraché à son contexte premier, soit pour jouer sur leur pouvoir d’évocation, soit pour tout simplement semer le trouble. L’exposition rassemble une quinzaine de peintures éclectiques, dans un accrochage neutre et continu, à hauteur d’œil, où elles nous semblent anonymes. Avançant tête baissée, Walter Swennen, un tantinet ironique, s’efface derrière ces œuvres qui pourraient très bien être celles d’autres artistes, et comme l’a d’ailleurs déjà fait remarquer un visiteur lors d’une exposition à la galerie Nadja Vilenne à Liège.

 

Walter Swennen peint régulièrement des mots, des phrases et des lettres, comme une réminiscence à son passé de poète, mais surtout parce qu’il admire les potentialités qu’ils offrent (la combinatoire, le rythme, les sonorités). Alors que les artistes conceptuels cherchaient par l’utilisation du langage à le substituer à la création d’un objet et à introduire une forme d’objectivité dans l’art, Walter Swennen ne cherche pas à relier les mots à des signifiants. Ces cris incohérents, onomatopées (« Hypsaké »), constructions absurdes (« Paktypa »), montrent que l’artiste est davantage porté sur la suggestion que sur la définition. Les mots apparaissent spontanément sur les toiles dans des langues que l’on devine parfois (l’allemand, le flamand, l’anglais, le français), et font écho au drapeau français et au motif héraldique que l’on retrouve dans les œuvres intitulées Vin de table français (2011) et Rouge et blanc (2010), signe que ces langues sont universelles. A côté, « ALLO » est porté plusieurs fois sur une planche de bois, Allo Patti (2011), plus bas en rouge, une correction est apportée au nom « PATHI » par l’adjonction de la lettre « T », « PATTI », laissant planer le doute sur l’identité de la personne à laquelle ce message s’adresse, comme dans l’œuvre Tears for N (2011), encore une fois énigmatique.

 

Parfois les peintures restent muettes, elles arborent alors des dessins exécutés d’un trait ferme, qui isolés, se détachent avec beaucoup de profondeur sur de larges aplats de couleurs pâles et délavées,  comme cette hélice noire Untitled (2012) repêchée sur un fond blanc d’Espagne, ou Still life (2011) une table sous forme de nature morte qui vient s’inscrire en contraste sur un écran gris ciel et bleu de cobalt.

Ces motifs, aux allures de comics, extirpés de la culture populaire (un homme en costume années trente, un tonneau, une flèche, une toile d’araignée) nous sont familiers, facilement identifiables, mais néanmoins subversifs dans le « sampling » qu’opère Walter Swennen.  Ainsi, il ne faut pas s’étonner de ne pas tout comprendre, de relier difficilement ces informations qui prennent forme autour de nous avant de disparaître. Mieux vaut rester humble devant autant d’inconnues, la description de détails et des nuances pouvant relever d’un challenge.

 

Si la peinture de Walter Swennen est mystérieuse, elle n’est pourtant pas hermétique, renonçant à toute tentative d’analyse. Equilibre précaire entre la matière et l’image, elle implique de faire avec les données visibles du tableau : les reliefs, l’épaisseur, la variété des supports de récupération (la toile, le bois), d’être attentif à l’aléa, à l’invisible (la poussière, la saleté), à l’imprévisible (les marques, les accidents, les coulures) ; soit, à l’ensemble des gestes dont l’artiste se dit pleinement responsable et qui dans leur succession donnent à voir l’œuvre aboutie.

 

Walter Swennen fait partie de ces artistes — au même titre que ses pairs de la scène artistique belge — qui pratiquent une esthétique de la vie ordinaire, une manière de conceptualiser la vie dans l’objet peinture. Son œuvre est une invitation à voir le quotidien dans son immédiateté pour sans cesse le réévaluer, signe qu’il peut encore et toujours être une source d’étonnement. Grâce à cela, Walter Swennen compose un répertoire d’œuvres sous la forme d’une chronique, une manière de peindre dans l’optique de liquider le passé et d’en garder une trace.

 

www.aliceday.be

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