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DAVID DE TSCHARNER

ONE SCULPTURE A DAY KEEPS THE DOCTOR AWAY

05.06 - 20.07.2012
aliceday, Bruxelles

Par Eva Bialek

One Sculpture a Day Keeps the Doctor Away

L’exposition One Sculpture a Day Keeps the Doctor Away présentée à Bruxelles à la galerie aliceday du 5 juin au 20 juillet 2012 reprend la production sur un an, du 1er avril 2011 au 30 mars 2012, des sculptures réalisées par David de Tscharner (DdT) à raison d’une sculpture par jour, originellement présentées sur le blog www.1sculpture1day.com. L’exposition est accompagnée d’une publication en 366 exemplaires uniques d’un livre de coloriage reprenant les silhouettes des 366 objets.

Ce projet colossal commença en 2011 lorsque le collectif d’artistes La Table Ronde proposa à DdT d’exposer dans la vitrine dont il disposait dans la rue de Flandre au centre de Bruxelles. La Table Ronde avait l’habitude de proposer un verbe comme point de départ aux artistes invités. DdT reçu celui de "confier". Tout naturellement, l'artiste demanda qu'on lui confie les clefs de la vitrine, afin de lui permettre d'y exposer une sculpture différente par jour durant un mois. Suite à ce projet, il décida de créer son blog, vitrine virtuelle, afin de prolonger l'expérience.

La discipline du quotidien

 

L’ensemble du projet One Sculpture a Day questionne frontalement le temps de la création. Au-delà du fait de montrer l’objet, il s’agit de montrer le processus de création de l’artiste qui, comme tout un chacun, construit son oeuvre sur une base avant tout quotidienne. Chaque sculpture est réalisée en maximum une journée, entre une heure et huit heures de travail. Les étapes de travail s’inscrivent globalement dans le même schéma : le glanage d’objets laissés à l’abandon et une intervention, souvent limitée, visant à faire ressortir certaines caractéristiques de l’objet ou à transformer sa fonction première. Enfin, le donner à voir, libre de toute interprétation sur le blog.

 

Pour DdT, la rencontre avec ces objets est fortuite : ils lui tombent dans les mains. Ensuite, le travail est rapide, mû par l'impulsion créatrice. Aucune contrainte technique n’est posée de sorte que le résultat global des 366 sculptures semble hétérogène. Si l’ensemble est guidé par le fil rouge du travail de la matière et de la couleur, le style quant à lui est indéfinissable, d’ailleurs il n’a aucune importance : pop, trash, magasin de bonbons, perles, brocante, grenier, nostalgie cohabitent et emportent les visiteurs dans une euphorie joviale.

 

En choisissant la vitesse d’exécution comme mode opératoire, Ddt privilégie l’absence de réflexion et de choix en crédibilisant les échecs de réalisation. S’appropriant une pratique artisanale, il est guidé par le travail des mains, déterminé par l’objet préexistant. L’objet est un témoin muet du quotidien, que Ddt  embellit par l’entremise de couleurs pétillantes ou de pastels, de matières gonflantes ou gluantes, qu'il gratte, colle, coupe, étale, creuse, empile, entoure, remplit...

De la réalité du blog à la réalité de la galerie

 

Pour un artiste, le mode de diffusion via un blog peut s’avérer très efficace puisqu'il permet une diffusion immédiate et internationale. Néanmoins, lorsqu’il s’agit de transposer la réalité matérielle (l’objet) en réalité virtuelle (l’image sur le blog), la transposition dans une véritable galerie peut s'avérer ardue, qui plus est quand il s’agit de 366 objets.


Les objets photographiés apparaissent différemment qu'en réalité et DdT ne projetait pas d’exposer ces objets, encore moins leur ensemble. Lorsque l’opportunité d’exposition dans un contexte de galerie se présenta il fallut donc imaginer un nouveau mode de présentation. Dans un souci de cohérence, DdT choisit de montrer ses productions sur des étagères faites de bois recyclé. Un mode de présentation "bric-à-brac" fut privilégié, créant des perspectives se perdant dans la vibration des couleurs et matières des 366 objets.

 

L’espace saturé attise la curiosité du visiteur, que la surprise attend à chaque coin d’étagère. L’humour des pièces est rafraichissant tout en n’enlevant rien à leurs qualités esthétiques et réflexives. La façon dont DdT investit l’espace de la galerie ne va pas non plus sans rappeler la disposition des réserves d’un musée. À une époque où les coulisses sont plus que jamais convoitées, il est pertinent qu’un artiste amène cette partie habituellement cachée des lieux d’exposition au centre même de celle-ci.

L’obsession du dégradé

 

Véritable tautologie dans l’œuvre, plusieurs interventions de DdT utilisent le dégradé, version fluo ou pastel. Le dégradé de couleur pour des objets que le temps a bien souvent déjà dégradé. Ces objets ont en effet tous eu une vie antérieure dont on peut encore parfois saisir quelques événements.

 

Le dégradé, c’est également l’exercice académique de l’artiste débutant, la recherche de la couleur, l’exploration de la palette. L’utilisation du dégradé devient ici la métaphore de l'ascension créatrice.

L’intervention de l’artiste s’ouvre au public

 

La parution du livre de coloriage, catalogue des silhouettes des objets de One Sculpture a Day, fournit au public l’occasion de prolonger l’aventure en laissant libre court à sa propre imagination pour colorier les objets. Une parution généreuse, derrière laquelle s’efface l’ego de l’artiste donnant au public l’occasion de prendre sa place, ne serait-ce que pour quelques coups de crayon.

En parodiant le célèbre adage "one apple a day keeps the doctor away", David de Tscharner affirme la dimension salvatrice et cathartique de l’art, mais également le fait que l’art est une nécessité pour le corps et l’esprit. One Sculpture A Day est une exposition efficace et inspirante car elle touche deux points essentiels : le message est clair et l’esthétique est attirante. Une œuvre qui s’assume dans ses imperfections et ses ratés, et genère une maturité rêvée.

http://www.david-de-tscharner.com/
http://www.aliceday.be/

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