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SéBASTIEN BONIN

Visite d'atelier par Devrim Bayar

Ancré à Bruxelles mais avide des grands voyages, Sébastien Bonin développe sa pratique photographique depuis plus de dix ans. A son retour de Los Angeles où il a travaillé durant deux mois, l'artiste nous a ouvert les portes de son atelier. 
 
Devrim Bayar Nous nous connaissons depuis la fin de tes études à l'école d'art La Cambre, de sorte que j'ai le privilège de suivre ta pratique artistique depuis ses débuts. Si le sujet de tes images a évidemment changé au cours de ces années - des grands paysages de l'Ouest américain aux photogrammes basés sur des filtres de lumière en passant par les mirages par exemple - je remarque que l'exécution technique de tes photographies a toujours été très minutieuse. A l'opposé des "snapshots", ton travail semble envisager la photographie non pas comme un instant volé mais plutôt comme une image construite. Quelle est ta définition de la photographie? 
 
Sébastien Bonin La photographie je l’entends actuellement comme quelque chose qui se situe ailleurs. Je prends beaucoup de plaisir à la voir évoluer dans les mains de personnes qui en sont d'une certaine façon détachées, comme des plasticiens qui l’utilisent en tant que medium satellite à leur pratique. La photographie est un médium très jeune au final, en comparaison à la peinture ou à la sculpture. Pourtant, elle a déjà subi une révolution technique importante avec l’avènement du numérique. C’est un chien fou mais quoiqu’il en soit ce sera toujours une boîte noir avec un trou. 
 
Il faut savoir prendre son temps parce qu’en général la photographie a besoin de temps, même à grande vitesse. Dans le processus photographique, ce qui me dérange c'est l'idée d'avoir fini à partir du moment ou j’ai appuyé sur le bouton. Dans l'absolu, je voudrais qu’il n’y ait même plus de déclencheur, je voudrais que tout commence à partir de la prise de vue, que celle-ci soit juste un point de départ. 
 
DB Je te sais amateur de cinéma de sorte qu'il ne me semble pas étonnant que ce médium ait récemment fait son apparition dans ton travail. Tu t'appropries ainsi le procédé cinématographique de la nuit américaine pour modifier à posteriori l'exposition d'images de décors végétaux artificiels ou bien tu joues avec de filtres de lumière employés habituellement pour l'éclairage au cinéma afin créer des photogrammes de couleur. Qu'ils s'opposent ou s'inspirent, la photographie comme image fixe et le cinéma comme image en mouvement sont deux médiums incontestablement liés. Au delà de l'aspect technique, ce qui me semble relier ces deux médiums dans ton travail est la notion d'illusion. Qu'en penses-tu? 
 
SB Je joue plus sur la notion d'illusion d'optique que sur l'illusion elle-même, je m'amuse à bouleverser les couleurs pour obtenir une réalité onirique. Il fut une époque où l'on montrait à la télé des films en version colorisée. Dans Zorro par exemple, je trouvais très poétique et touchant de voir à quel point on sentait les coups de pinceaux et les bavures sur le pantalon de Bernardo.
 
DB A propos de peinture, le catalogue de l'exposition "Who's afraid of red, yellow and blue" qui rassemble des artistes affiliés au Color Field Painting est posé en évidence sur ton bureau. Par ailleurs, tu me dis prochainement curater une exposition de peinture pour une galerie. En tant que photographe, quel est ton rapport à la peinture? 
 
SB Il y a quelques temps, j'ai décidé de construire dans mon atelier une chambre noire dans laquelle je peux me déplacer, découper des formes dans des caches, définir des couleurs en jouant sur la juxtaposition de filtres colorés. Depuis, je regarde la photographie en train de se faire comme un peintre devant sa toile. A mes yeux la photographie a la même valeur que la peinture.
 
DB En tant que producteur d'images, tu sembles très peu intéressé par les nouveaux modes de diffusion d'images sur Internet - je pense à Instagram, Facebook et autres blogs qui abondent aujourd'hui. Au contraire, tu cultives un certain classicisme en regard au mode de consommation de tes images. De ce point de vue, tes photographies sont toujours impeccablement encadrées et le choix du cadre est toujours significatif. Peux-tu décrire quel est son sens? 
 
SB Je réfléchis le cadre comme une continuation de l'image qu'il contient. Faire dialoguer le contenu avec son contenant me permet de montrer les choses de manière plus complète. J'utilise du laiton, par exemple, car il y a une oxydation naturelle du métal qui le rend au fur et à mesure du temps complètement noir. C'est une transformation lente qui mène à l'absence de lumière dans le matériau. Un lien se tisse dès lors entre la photographie comme captation de la lumière et le cadre comme disparition de celle-ci.
 
DB Depuis plus d'un an, tu co-gères Island, un lieu d'exposition situé au rez-de-chaussée d'une maison particulière dans le quartier africain de Bruxelles, où tu invites des artistes à présenter leur travail ou organiser des projets. Comment l'envie de cet espace d'exposition t'est-elle venue et qu'en retires-tu?
 
SB Je cherchais un lieu d'exposition pour montrer un travail en cours. Un ami réalisateur quittait son bureau, un ancien rez de chaussée commercial. J'ai monté l'expo là-bas et ensuite plusieurs amis ont profité de l'endroit. De concert avec l'artiste Brice Guilbert, nous avons décidé d'en faire un lieu sans enjeux. On voulait voir Island comme la continuité de l'atelier de l'artiste où celui-ci a le choix de montrer sa recherche à d'autres personnes. C'est un project space modeste où l'artiste a une totale liberté. Pour ma part, j'ai beaucoup de plaisir à rencontrer les artistes et observer comment ils font face à la question de montrer leur travail. Aussi, il y a une complicité qui s'installe.
 
DB Tu es récemment parti travailler plusieurs mois à Los Angeles, autant dire la Mecque du cinéma. Pourquoi le choix de cette ville? 
 
SB Je suis allé en Californie comme observateur, je voulais regarder le ciel.
 
 
Photos : Olivier Vandervliet
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